Les Belges et la natalité, quelle affaire ?

2024, l’année record en termes de natalité en Belgique… mais pas dans le bon sens. Selon Statbel, la Belgique n’a enregistré que 108 150 naissances, soit le niveau le plus bas depuis 1942. Une baisse de 1,9 % par rapport à 2023, qui confirme une tendance déjà amorcée depuis plusieurs années. Moins d’enfants, des parents plus âgés : derrière ces chiffres se cachent des changements profonds de société et des défis économiques et démographiques majeurs pour le pays.

 

Toujours plus bas : choix ou contrainte ?

Rien de nouveau sous le soleil : la vie coûte de plus en plus cher. Le pouvoir d’achat des ménages belges est sous pression, les logements compliqués à trouver, les crèches et services de garde restent coûteux, et la stabilité de l’emploi n’est pas garantie pour tous.
Tous ces éléments invitent les ménages à se questionner davantage sur l’envie d’avoir des enfants.

Dans un article de RTL Info, la démographe Marie Vandresse résume : « Comment expliquer cette baisse ? Par l’évolution de la société : les femmes font des enfants plus tard et elles intègrent de plus en plus le marché du travail. »

Cette évolution sociétale, combinée à des incertitudes économiques et écologiques, pèse lourd sur la natalité.

Une parentalité toujours plus tardive ?

Selon Statbel, la parentalité se fait de plus en plus tardive. L’âge moyen des mères à la naissance du premier enfant augmente progressivement. En 2024, par exemple, dans la région de Bruxelles-Capitale, l’âge moyen pour un premier enfant s’élevait à environ 31 ans. Cette tendance, bien que changeante selon les régions, reste globalement pareille dans toute la Belgique comme présenté sur la carte.

Mais comment expliquer ce changement ?
Ce phénomène est attribuable à des études plus longues, à une volonté de stabilisation professionnelle avant d’avoir un enfant, à une priorité donnée aux choix de vie personnelle et à l’autonomie.

Des conséquences pour la Belgique

Si cette évolution sociale traduit une plus grande liberté de choix, elle soulève aussi certaines conséquences.

Qui dit moins de naissances dit moins d’actifs dans le futur pour financer les retraites. Nos pensionnés sont, à l’heure actuelle, financés par nos travailleurs actifs. Comme le mentionne la RTBF« Ce système fonctionne s’il y a plus d’actifs que de retraités. Si on combine une baisse des naissances et le vieillissement de la population, cet équilibre risque un jour d’être rompu. »

Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon Statbel, le rapport entre les personnes actives (18 à 66 ans) et les seniors de plus de 67 ans passera de 3,6 à 2,4 d’ici 2070. En clair, il y aura moins de cotisants pour chaque retraité. Cette évolution pèsera sur le financement des pensions, mais aussi sur l’ensemble du système de sécurité sociale : soins de santé, allocations et services publics risquent de devenir plus coûteux ou plus restreints.

Au-delà du vieillissement, la démographie inégale entre les régions pourrait aussi accentuer les déséquilibres. La Flandre verrait encore sa population progresser légèrement, tandis que la Wallonie et Bruxelles pourraient connaître une stagnation, voire un recul à partir de la fin des années 2040 (Statbel 2024).

Conséquence directe : certaines communes rurales risquent de se vider, avec des écoles qui ferment, un tissu économique qui s’effrite et des services publics sous tension.

La baisse de la natalité, longtemps perçue comme une simple évolution sociétale, devient donc un véritable enjeu économique et territorial. Préserver l’équilibre du modèle social belge passera non seulement par des politiques de soutien à la natalité, mais aussi par une adaptation du marché du travail, de la formation et de l’immigration.