Interview | « Une zone d’activité idéale serait pensée autour de l’humain »
Face aux défis climatiques, les zones d’activités économiques de Wallonie, comme Tournai Ouest, Polaris ou La Sucrerie, repensent leur manière de se développer. Olivier Bontems, directeur en énergie et solutions durables chez IDETA, explique comment ces préoccupations sont prises en compte, en particulier à Tournai Ouest 1, 2 et 3.
M.N : « Quelles mesures sont mises en place actuellement pour réduire l’impact environnemental de Tournai Ouest ? »
O.B : À Tournai, on compte trois zonings : Ouest 1, 2 et 3. Le premier, construit dans les années 70-80, reflète une autre époque, où les préoccupations environnementales étaient quasi inexistantes. Mais les choses ont beaucoup évolué. Les nouvelles zones intègrent davantage d’espaces verts pour préserver les corridors de biodiversité. On accorde aussi une attention particulière à la gestion de l’eau : on est passé d’un système unitaire dans la zone 1 à un triple réseau dans la zone 3, ce qui permet de séparer les eaux pluviales, usées et industrielles. Enfin, la production locale d’énergie renouvelable est devenue un pilier : les entreprises sont encouragées à installer des panneaux solaires, ce qui nous permet, annuellement, de produire plus d’énergie que ce dont la zone a besoin.
M.N : « Les entreprises installées doivent-elles respecter des critères environnementaux spécifiques ? Y a-t-il une différence entre celles de Tournai Ouest 1-2 et 3 ? »
O.B : « Ça dépend beaucoup de la période à laquelle les entreprises se sont implantées. Celles installées dans les années 70-80, notamment à Tournai Ouest 1, n’étaient pas soumises à des critères de durabilité comme aujourd’hui. À l’époque, on était dans une logique d’urbanisation très forte. Aujourd’hui, il y a un cadre clair pour les nouvelles entreprises : elles doivent, par exemple, laisser une partie du terrain non urbanisée, installer un double réseau pour les eaux, ou encore prévoir des panneaux solaires. Les entreprises plus anciennes ont dû s’adapter progressivement à ces nouvelles attentes. En revanche, les plus récentes arrivent avec cette conscience environnementale dès le départ. »
M.N : « Quels sont les principaux défis lorsque vous devez promouvoir des pratiques durables ? »
O.B. : « Il y a évidemment des défis techniques, mais aussi et surtout, humains. » L’un des plus grands défis, c’est modifier un environnement sans brusquer les habitudes des riverains. Leur inquiétude est légitime, et c’est pourquoi la transparence et le dialogue sont très importants. À ça s’ajoute aussi le fait que créer de nouvelles zones, c’est enlever aux agriculteurs une partie de leurs terres. À part une compensation financière, on ne sait pas faire beaucoup plus malheureusement. »
M.N : « Dans un monde en constante évolution, y a-t-il de nouvelles approches en vue concernant la durabilité pour IDETA ? »
O.B : « Sur le plan humain, on continue à renforcer le dialogue : tous les trois mois, on organise des réunions avec la ville et les représentants des riverains pour garder un lien de confiance. Techniquement, on est déjà bien avancés avec des infrastructures comme le triple réseau d’eau, les panneaux solaires ou les éoliennes. Mais on teste aussi de nouvelles choses, comme l’asphalte végétal pour les pistes cyclables. Ce sont de petite évolution, mais c’est toujours mieux que rien. »
M.N : « Selon vous, quelle serait la zone d’activité idéale ? Est-ce possible ? »
O.B : « Pour moi, une zone d’activité idéale serait pensée autour de l’humain : moins dense, plus aérée, avec de vrais espaces verts pour créer du lien et favoriser le bien-être. L’idéal serait aussi de mieux faire cohabiter les fonctions résidentielle, industrielle et commerciale. Mais on reste encore très influencés par la politique de zonage des années 70. Changer cette manière de penser demande du temps. Ça touche à des habitudes profondément ancrées. Théoriquement, c’est faisable, mais il reste encore du chemin à faire. »
Marie Neyrand